Gens de Clermont IX
Le chat qui joue n’est pas un ours qui danse
Du spectacle
Présentation
Ma série Gens de Clermont opus 9 se propose l’écriture méticuleuse de, comédiens, danseurs, spectateurs, personnels de la comédie, directrice de la comédie, musiciens, techniciens. Le plus difficile a été de trouver un titre. Le chat qui joue n’est pas un ours qui danse. Paradoxe du spectateur. Au départ cela part d’une citation d’Aimé Césaire. Il écrit dans son Discours sur le colonialisme :
...et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse.
Je détourne sans contredire la phrase de Césaire, bien sûr, le théâtre n’est pas la vie exactement, mais le spectateur n’est pas tant que ça une figure de stérilité. Certes, un spectacle donne à voir, entendre, sentir et l’on tient souvent le spectateur pour un fainéant/inactif enfoncé dans son fauteuil recevant l’absolution spectaculaire comme une hostie.
Pourtant, quand j’écoute les gens, je vois qu’un spectateur immobile n’est pas moins acteur que l’acteur qui s’agite et croit agir, le spectateur a sa part, sa part paradoxale selon le fameux paradoxe du spectateur de Rancière : pas de spectacle sans spectateur. Le chat qui joue n’est pas un ours qui danse est donc une fausse sentence pour explorer ce paradoxe à travers la parole des gens. Le jeu, la danse, le corps sur scène ou dans le fauteuil entreprennent un ballet commun, séparé par l’intention des yeux et des oreilles : les uns viennent regarder et d’autres se montrer.
Moi aussi, j’ai des souvenirs de spectacle qui m’ont amenée ici, devant vous avec mes compagnons. C’est la spectatrice aussi qui a fabriquée l’écrivaine. La première fois, c’est le noël organisé par l’ANPE, c’était probablement à la Maison de la Culture, pourquoi et comment je suis là-bas, je n’en sais rien, mais pendant le spectacle, il y a un homme sur un trapèze, son corps suspendu, mouvement de balancier et les lumières le retiennent en haut et en bas, il vole j’en suis sûre, je suis bouleversée de pouvoir le croire. En rentrant, j’écris un texte. La vie a toujours fait mon écriture, toutes les vies, Gens de Clermont c’est vraiment ma détermination à écrire les gens de ma ville un par un, sans distinction, sans jugement, pour le simple bonheur d’entendre leur vie palpiter dans les mots.
dalie
Infos
- Nature : Lecture musicale
- Durée indicative : 1h30
- Création : 2025
- Commanditaire : La Comédie de Clermont
- Texte : dalie Farah
- Musique : Max Antar, Manu Bigeard
Compagnons ayant participé aux représentations
Max Antar , Manu Bigeard , Béa Chatron , dalie Farah , Constance Mathillon , Fabrice Roumier , Sébastien Saint-Martin
Extrait
JACQUES- Je suis plus tout jeune et j'arrive à un âge où je me fous totalement de ce que l'on peut penser de moi et surtout un âge où je dis ce que je pense et là, je vais vous dire, je déteste, mais alors je déteste le public d'aujourd'hui. Ils applaudissent à tout de la même façon, font des standing ovation dès qu'ils ont ri deux fois et chouiné quatre, non, ces émotions de surface c'est pas le théâtre, c'est pas le spectacle, c'est de la consolation, les spectateurs se croient à la crèche, ils attendent leur doudou, leur compote et une berceuse avant la sieste, ça m'agace à un point. Si tu n'es pas remué de fond en comble autant regarder la télé, c'est pas pire, c'est pas mieux, et c'est moins cher.
CATHERINE- Je suis ébahie. EBAHIE. Frappée de stupeur. Scotchée. Assise sur ma chaise, les jambes ne touchent pas le sol, tout est grand et je reste là à regarder l'homme sur la scène. Je le connais, c'est un collègue de ma mère, Monsieur Savillia, il joue le Malade Imaginaire. Il joue mais alors il joue comme – sans doute – il ne faut pas jouer, il en fait des caisses, des caisses ; énormément, tout est énorme, même lui, il est bedonnant et ne pèse qu'une plume, il souffre c'est imaginaire et dans un énorme fauteuil, il joue le malade imaginaire de toutes ses forces, sans doute que c'est mauvais, très mauvais, mais moi je suis éblouie. Depuis j'en ai vu des Malades Imaginaires par des metteurs en scène prestigieux, des acteurs prestigieux, mais le meilleur Argan restera M. Savillia, employé aux assurances.